Reportage : Quotidien d’un garde forestier

Dans la lignée de mon reportage sur Gaëtan, jeune berger dans le parc des Écrins, je suis partie à la rencontre de Tristan, jeune garde forestier en Isère. Ces deux reportages se font échos mais seront également suivis de plusieurs autres, toujours dans une volonté de documenter des métiers anciens qui font, encore aujourd’hui, vivre l’Homme au cœur de la Nature, leur imposant alors des quotidiens bien particuliers.

 

Me voilà alors partie en direction de la Mure, en Matheysine en ce début de mois de Septembre. Le bus qui m’y mène me montre dès les premières minutes des paysages que je connais déjà mais qui m’émerveillent toujours. Les Alpes ne sont pas loin et c’est comme si elles semaient déjà un peu de leur magnificence jusqu’ici.

Je connais Tristan depuis quelques années déjà et j’ai enfin l’occasion de le suivre dans ce travail, ce travail qui m’a toujours interpellé, questionné. Un métier où l’on passe la plus grande partie de son temps en pleine nature, où l’on connait ses moindres recoins et ses moindres habitants. Ce métier m’a toujours semblé être un vrai rêve éveillé pour tout amoureux du grand air.

J’arrive dans la soirée chez Tristan et Clotilde, sa femme, accompagnés de leur chienne Islay. Leur maison est de celle qui semble sortir d’un film. Presque troglodyte, entièrement faite de pierres, aux plafonds hauts et au cœur d’un hameau minuscule. Je n’aurais pas imaginé Tristan habiter ailleurs qu’ici. Ils ont choisi cette maison il y a 2 ans pour sa proximité parfaite avec la zone dont Tristan doit s’occuper, en plein canton de la Matheysine. C’est comme si Tristan habitait dans son bureau. Ce choix de vie déplairait à certains mais cet enfant de la région ne se voit pas ailleurs.

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En grand passionné des animaux, la maison de Tristan est décorée de photos animalières et de bois de cerfs. Dans quelques semaines il ira à l’affût des brames. Il attend impatiemment ce moment chaque année pour se rapprocher des rois de la foret.julia-laffaille-reportage-garde-forestier-11

 

On part à 7h le lendemain matin. Tristan doit amener une équipe d’ouvriers sur un sentier forestier à déblayer. Nous partons donc pour 1h de voiture en direction du Trièves. Tristan connait aussi très bien cette partie de la région. Le jour se lève petit à petit pendant que nous traçons la route, accompagnés d’airs de blues.

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Le massif du Vercors se dessine petit à petit et je découvre le Mont Aiguille, à l’origine de nombreuses légendes. Plate forme destinée aux déesses chassées du Mont Olympe ou encore sorte d’Eden, cette dent calcaire est en tout cas l’une des sept merveilles du Dauphiné. Ce matin là, elle se fait entrevoir, entre deux nuages.julia-laffaille-focus-aventure-matheysine

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L’après midi, le garde forestier a rendez-vous dans une zone de coupe, à flanc de montagne, à côté de la commune de Marcieu. Certains des arbres avaient été sélectionnés et marqués par les gardes eux même afin d’être ensuite coupés. Encore une fois, je découvre le paradoxe de ces métiers. Alors que les gardes forestiers choisissent, la plupart du temps, ce métier pour leur amour de la nature, ils se retrouvent pourtant à contrôler des coupes d’arbres, par centaines, pour des besoins industriels. Leur devoir est alors de contrôler pour empêcher les abus ou les vols afin que seuls les arbres sélectionnés ne soient coupés. En ce sens, je désigne Tristan comme gardien de la paix au service des arbres.julia-laffaille-reportage-garde-forestier-8

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On rentre en fin d’après midi. Islay accueille chaleureusement son ami comme si elle ne l’avait pas vu depuis des années. J’ai toujours admiré la complicité de certains hommes avec leur chien et ce duo fit alors parfaitement échos à Gaëtan et Jolyn, rencontrés quelques mois auparavant. A la différence qu’Islay, elle, était encore trop petite pour suivre Tristan durant ses journées dehors. Dans quelques mois elle le suivra comme son ombre.julia-laffaille-reportage-garde-forestier-7julia-laffaille-reportage-garde-forestier-20

Le lendemain matin nous partons rejoindre les collègues de Tristan. Tous sont attendus pour un recollement de souche, à faire sur plus de 8 hectares, dans les forets de Notre Dame De Vaulx. Il s’agit alors de regarder, puis marquer un par un, à l’aide d’un marteau bien spécial, les troncs coupés (auparavant marqués lors du martelage par les gardes eux même) afin de vérifier que seuls les arbres marqués avaient bien été coupés. Je rencontre alors ces hommes de l’ONF, tous grands connaisseurs de leur région et des forets, certains plus expérimentés que d’autres puisque tous les âges sont représentés. Tristan, le plus jeune, assure désormais la relève tandis que de jeunes stagiaires me prouvent que ces métiers ont encore beaucoup d’avenir. julia-laffaille-reportage-garde-forestier-13

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Le 3ème et dernier jour sur place est consacré à un tour d’horizon de la zone de garde de Tristan. Parce que le métier de garde forestier demande également des moments de surveillance d’un territoire bien spécifique, chaque garde se doit de contrôler ces zones qui leur sont attitrées. Tandis que quelques fois la surveillance est calme, il leur arrive pourtant de faire appliquer les lois concernant la chasse, la pêche ou le simple respect de la nature à des randonneurs.

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Tristan connait son territoire par cœur et alors qu’il s’agit d’une simple promenade pour moi, cela devient pour lui un véritable tour de garde. Nous montons alors au sommet du Tabor, dans le massif du Taillefer et Tristan profite de cette montée pour dresser Islay. Si elle doit être amenée à le suivre au travail, il faut impérativement qu’elle apprenne à rester au pied de son maître pour ne pas compromettre certaines missions. Mais pour un jeune chien comme elle, il est difficile de résister à l’envie de courir partout.

La promenade se continue alors sous un soleil bienvenu et tandis que Islay s’occupe d’ouvrir la marche, Tristan surveille régulièrement les environs, jumelles au poing.julia-laffaille-reportage-garde-forestier-23

 

Je repars l’après midi même et me dis que je retournerai sans hésitation suivre Tristan durant son travail très bientôt. Il est impossible de voir toutes les facettes de ce métier passionnant durant trois jours seulement et il y a bien d’autres missions que je veux documenter dans ce domaine. La prochaine sera pour bientôt. L’appel du grand air est trop fort.

 

Pour retrouver mon article sur le berger : « Reportage : Dans les pas d’un berger »

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Je travaille assez étroitement avec L’Onf et j’avoue que ce métier au grand air me fascine. Bravo pour ce bel hommage aux amoureux et défenseurs de la nature

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    1. FocusAventure dit :

      Merci beaucoup Marieke 🙂 Dans ta région l’ONF doit travailler encore différemment qu’ici en Isère, ça doit être très intéressant aussi !

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  2. kikimagtravel dit :

    Génial ce petit reportage ça donne envie d’y être aussi et de partager avec vous ces beaux moments. Et on en parle d’Islay ? trop chou d’amour ?? Moi aussi j’ai toujours était fasciné par la complicité qu’un homme peut avoir avec son chien. Magnifique !!!

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    1. FocusAventure dit :

      Merci pour ce beau commentaire 🙂 Le duo est vraiment touchant oui et je suis contente si leur complicité se ressent dans mon récit !

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